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Les 12 premiers mois d’une Française en Allemagne

  Cet article invité a été rédigé par Jeanne, du blog : Apprendre natur’allemand qui comme moi partage sa passion pour la langue et la culture allemande

Un départ contre vents et marées

Quand je me suis installée pour la première fois en Allemagne, en 2001, je venais de passer mon BAC et j’étais partie malgré les injonctions des amis de mon âge :

 

« Mais qu’est-ce que tu vas faire chez les “Schleus” ?

Tu veux pas plutôt aller aux États-Unis ?

L’anglais c’est tellement plus important ! »

 

Manque de bol pour eux, j’ai toujours eu un fort esprit de contradiction : il suffit de me dire que quelque chose est impossible ou difficile, pour que cela me motive encore plus de m’y lancer !

Et pourtant, ce n’est certainement pas ma prof d’allemand au lycée qui m’a motivée dans ce choix ! Son cours était celui où j’aimais le moins aller ! J’ai même tout fait pour qu’elle ne sache pas que j’allais partir en Allemagne. Oui, j’avoue, ce n’est pas très sympa, mais je ne voulais pas qu’elle se gargarise de se dire « qu’une de ses élèves était partie s’installer en Allemagne grâce à elle… »

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Jeu de ronde pour mon départ après un an au « Kindergarten »

J’ai vécu à une autre époque…

Je suis arrivée en Allemagne en tant que volontaire pour travailler dans un jardin d’enfants (der Kindergarten). J’étais logée dans un bâtiment avec d’autres volontaires de mon âge et des religieuses protestantes à la retraite. J’avais ma petite chambre et je partageais avec elles la cuisine et les sanitaires. À cette époque — attention, je vais passer pour un ancêtre si tu es né dans les années 90 ou après… – tanpis, je me lance : donc, à cette époque je n’avais pas de téléphone portable, pas d’ordinateur, pas de tablette non plus, bien sûr ! Pour communiquer avec ma famille et mes amis en France, j’allais au cybercafé à 10 minutes de chez moi (rassure-moi, tu sais ce que c’est qu’un cybercafé ?!!). C’est là aussi que j’achetais ma carte de téléphone « internationale » : un numéro à appeler, un code secret d’une dizaine de chiffres à composer, et enfin je pouvais composer le numéro de la personne que je voulais joindre :

« Allô maman, tu peux m’appeler dans 10 minutes ? »

Et c’est reparti en courant pour mon logement, espérant ne pas rater la sonnerie du seul téléphone de l’étage où je ne pouvais que recevoir des appels…

À cette époque aussi, la vie était bien moins chère :

  • 0,50 € la boule de glace en ville
  • 4,50 € le restaurant chinois à volonté
  • Environ 70 € le pass étudiant qui permettait de circuler avec tous les transports communs de la région pendant 6 mois !!

Bref, tu vois, c’était une autre époque ! Eh oui, c’était en 1951… euh non, en 2001 ! Si si, je t’assure ! C’est bien ce que j’ai vécu au début du XXIe siècle !

Au début, le choc !

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Die Tigerente

Malgré mes 10 ans de cours d’allemand à l’école, à mon arrivée, je n’étais pas capable de comprendre ce que les enfants me disaient. Cela a été mon premier choc. Ils venaient vers moi, avec toute leur innocence, pensant qu’en tant qu’adulte, j’allais forcément tout comprendre !

Mon deuxième choc a été au niveau du mode d’éducation : au Kindergarten, les enfants ont l’âge de l’école maternelle en France. Mais ces deux structures sont totalement différentes. J’étais dans le groupe des « Tigerente » (un personnage d’album très connu en Allemagne) : une vingtaine d’enfants entre 3 et 6 ans, entourés par 2 éducatrices, un jeune qui faisait son service civique et moi-même, volontaire avec l’Année Diaconale. Après un temps d’accueil, nous les réunissions tous dans une pièce pour chanter quelques comptines, puis à son tour, chaque enfant choisissait l’activité qu’il souhaitait :

  • Faire un puzzle
  • Jouer dans le coin des poupées
  • Se déguiser
  • Faire un bricolage (animé par un adulte)
  • Jouer avec tel ami (s’il était d’accord)
  • Prendre le petit-déjeuner (j’ai rapidement été responsable de faire les courses avec 2 enfants au supermarché le plus proche : concombres, tomates, salami, fromage, confiture, crachotent [Knäckebrot]…
  • Aller dans la salle de motricité commune [où ils étaient parfois seuls !]
  • Rendre visite à un ami dans un autre groupe de la structure
  • ou même aller jouer dans le jardin du Kindergarten ! (sans forcément la surveillance d’un adulte !)

Puis, une fois que chaque enfant avait collé sa photo à côté de l’activité qu’il avait choisie, chacun vaquait à ses occupations avec une autonomie déconcertante !

J’étais estomaquée ! Comment des enfants de 4 ou 5 ans pouvaient choisir librement ce qu’ils voulaient faire, se rendre sans adulte dans différents endroits de la structure, sans que cela ne pose problème ! J’ai vraiment été bluffée par l’autonomie de ces enfants et leur autogestion, chose que je n’ai jamais retrouvée dans mes années d’enseignement en France !

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Andrea, ma grande amie, qui travaillait dans un centre pour enfants tziganes.

Apprendre grâce aux amis

Au-delà du Kindergarten, j’ai eu l’occasion de lier de nombreuses amitiés avec différentes personnes :

  • Andrea, ma grande amie allemande, qui a été comme une grande sœur pour moi, m’accueillant si souvent dans son foyer, m’apprenant tant de choses sur le plan humain, éducatif, langagier…
  • Angelika et Dwi [une indonésienne], ainsi que les autres amis d’un groupe international qui se réunissait une fois par semaine. Au début, j’appréciais de discuter avec des personnes qui avaient à peu près le même niveau d’allemand que moi. Mais au fil du temps, j’ai dû moi-même faire l’effort de parler lentement pour qu’ils puissent me comprendre
  • Mélody, ma seule amie française, avec qui j’étais heureuse de pouvoir de temps en temps parler français, alors qu’au quotidien, je baignais dans un bain linguistique allemand
  • Ursula, une des religieuses protestantes à la retraite et qui habitaient à mon étage. Je l’ai rapidement adoptée comme ma « mamie allemande ».
  • Et tant d’autres, la liste pourrait encore bien s’étendre !

Ces amitiés ont joué un rôle décisif dans mon apprentissage de l’allemand. Ils ont été :

  • Patients pour parler assez lentement, de sorte que je les comprenne.
  • accueillants, m’invitant régulièrement chez eux
  • médiateurs culturels, me faisant découvrir la culture, la cuisine, les traditions allemandes
  • enseignants, répondant à mes questions sur la langue allemande et m’aidant à progresser
  • divertisseurs, me faisant découvrir les nombreux jeux de société allemande
  • bref, ils ont été ma seconde famille et ont contribué au développement et à l’affirmation de mon identité : une Française qui aime l’Allemagne

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Le bilan ?

À la fin de ces 12 premiers mois en Allemagne, je parlais aisément l’allemand, sans accent français. J’ai même réussi à me faire passer pour une Allemande auprès d’une personne rencontrée dans le train et avec qui je m’étais entretenue plusieurs heures.

J’ai quitté Darmstadt le cœur un peu lourd, mais bien décidée à me former à l’enseignement, avec également la forte conviction de vouloir vivre en Allemagne. C’est vers cet objectif que j’ai orienté les 6 années suivantes de ma vie, durant lesquelles j’ai suivi une formation binationale pour devenir professeur des écoles en France et en Allemagne. J’ai continué de faire beaucoup de découvertes sur les différences d’éducation dans nos pays, j’aurai bientôt l’occasion de t’en reparler sur mon blog…

J’ai ramené dans mes bagages :

  • Un canapé deux places trouvés aux encombrants [… Sperrmüll] le jour de mon anniversaire
  • des plantes vertes pour décorer ma chambre d’étudiante
  • des jeux de société à gogo
  • des amitiés qui durent encore aujourd’hui
  • une passion pour l’Allemagne et sa culture
  • une admiration pour cette éducation à l’autonomie
  • des recettes de plats typiques délicieux : Kartoffelpuffer, Kokosmilchkuchen…
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Kartoffelpuffer

 

Et toi, as-tu déjà passé du temps en Allemagne [Europa Park ne compte pas…] ? Qu’as-tu ramené dans tes bagages ? Écris-le dans les commentaires, je me ferai un plaisir de te lire et de te répondre !

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6 thoughts on “Les 12 premiers mois d’une Française en Allemagne

  1. Carlier

    Hallo
    Ton article sur le Kindergarten est super, j’ai deux petits enfants (garçons franco-allemand) qui habitent à Linderbach près de Franckfort et j’ai aussi remarqué cette possibilité qu’on les enfants pour choisir leur activité. Bon, à 73 ans me voilà dans la grande aventure d’apprendre l’ allemand ; çà rentre quand même moins facilement qu’ 20 ans! je me sert d’Allemand-malin et de ton blog, pour le côté culture et conseils et de Duolingo pour le vocabulaire (j’en suis à 950 jours sans interruption à raison d’une ou deux unités par jour ) .
    Tschüss
    Pierre

    1. Jeanne

      Merci Pierre, je vois que même 17 ans plus tard, on peut encore observer les mêmes différences entre Kindergarten et Ecole Maternelle ! Les deux ont leurs avantages, mais j’aime beaucoup l’éducation à l’autonomie en Allemagne ! Bon courage pour ton apprentissage de l’allemand, il n’est jamais trop tard !
      Bravo de combiner culture et vocabulaire, grâce aux nombreuses ressources en ligne, c’est un bon début ! Je te conseillerai de pratiquer également ton oral en cherchant un tandem, quelqu’un avec qui parler régulièrement : plusieurs sites ou applications proposent cela, j’en parle dans mon article (www.apprendrenaturallemand.com/pratiquer-lallemand). En effet, c’est bien d’accumuler des connaissances théoriques, mais c’est également important de les mettre en pratique !
      C’est d’ailleurs souvent la plus grande difficulté des apprenants, liée à une peur de faire des erreurs, mais c’est en même temps le meilleur moyen de progresser !
      Alors bon courage et bravo pour ce que tu fais déjà !
      Jeanne

  2. Cox

    J aime bcp ton histoire. J aime l Alemagne et a chaque fois je me passionne plus! Je n arrive plus a compter combien des fois je suis allee! Et pourtant on me parlait jamais de l alemagne comme destination touristique. Le plus beau souvenir est une promenade en voiture proche du rhin et qqs vallees: vue magnifique!

    1. Jeanne

      Merci à toi ! C’est vrai que l’Allemagne est un beau pays, qui malheureusement n’a pas toujours bonne presse… Mais il y a beaucoup à découvrir, tant au niveau des paysages, que des personnes qui le peuplent ! Il y a aussi une belle diversité : au nord, au sud, à l’est, à l’ouest, il y a de quoi se régaler ! Pour ma part, j’apprécie toujours de m’y rendre ! 🙂

  3. Simon

    Bonjour Jeanne,

    Merci pour ce petit résumé de ton temps passer en Allemagne, de prendre connaissance des habitudes que tu as prises pour améliorer ton niveau en allemand est enrichissant, et stimulant pour quelqu’un qui apprend la langue de Goethe tout seul, mon emploi du temps ne me permettant pas vraiment de prendre de cours (heureusement que je retourne en Allemagne au moins une à deux fois par an, et que j’ai de la famille allemande pour progresser).

    Bien cordialement

    Simon

    1. Jeanne

      Bonjour Simon,
      merci pour ton retour encourageant ! Il est toujours possible d’apprendre l’allemand ; chacun avance bien évidemment à son propre rythme, mais heureusement qu’aujourd’hui, grâce à Internet, il y a moyen d’avancer bien plus vite qu’avant ! et plus efficacement qui plus est !
      Tu trouveras d’excellents conseils sur ce blog d’Allemand Malin ou dans mes vidéos (https://www.youtube.com/c/apprendrenaturallemand)
      Bis bald,
      Jeanne

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